Mardi 22 janvier 2008

LA CIVILISATION DU PRÉCARIAT

 

 

« Il faut vivre avec son temps », le président n'a de cesse de nous le répéter. C'est son très cher principe de réalité qui consiste à accepter l'état de la société dans laquelle on vit sans essayer de le transformer. Il faut dire que pour le lecteur de Gramsci, qui par ailleurs veut « réconcilier les Français avec l'économie », imposer l'hégémonie du capitalisme le plus débridé n'est pas une tâche insurmontable. Dans toutes les couches de la société on s'est déjà résigné à ce que le quotidien soit réglé par une économie de marché la moins contrainte possible. Le libéralisme économique s'est insidieusement glissé dans nos vies au point qu'il apparaît comme une composante essentielle de notre avenir. Les media, dans leurs grande majorité, ne démentent pas. Le réalisme de Sarkozy est en fait un fatalisme.

Ce postulat s'accompagne d'un second principe, non moins martelé, le principe de responsabilité vis à vis de sa propre condition. Chacun est responsable de sa réussite comme de son échec. C'est le mérite de chaque individu qui détermine sa condition sociale. Nicolas Sarkozy veut définitivement substituer la « méritocratie » à l'égalité des chances et à la solidarité qui la permet et l'accompagne.

En voulant « réconcilier les Français avec le travail », il scande le slogan « Travaillez plus pour gagner plus », considérant par là même que celui qui trouverait qu'il ne gagne pas assez ne travaille certainement pas assez non plus (l'ouvrier au SMIC jugera), et oubliant dans le même temps les demandeurs d'emploi, les 5% des salariés qui sont à temps partiel subi, les rmistes, les petites retraites... À ceux-là, Laurence Parisot, présidente du MEDEF et meilleure alliée de Sarkozy, répond que la précarité fait partie de la vie! Les nostalgiques de la loi du plus fort sont au pouvoir, c'est le retour à la préhistoire!

 

C'est donc en toute cohérence que le gouvernement Fillon, sous l'égide du président qui veut « réconcilier les Français avec l'argent », récompense les plus aisés d'entre eux, qui sont par conséquent les plus méritants, en leur envoyant un chèque à la hauteur de leur réussite. Les autres n'ont qu'à se mettre au boulot! Bonjour le « président du pouvoir d'achat »!

Et comme si cela ne suffisait pas, il instaure les franchises médicales pour que les malades contribuent plus « équitablement » à la réduction du déficit de la sécurité sociale dont ils sont tout de même les principaux responsables.

Et bientôt on n'aura même plus les moyens de protester! Le droit de grève, liberticide selon le patronat, est remis en question dans les transports, avec la mise en place d'un service minimum destiné à empêcher que les fainéants de grévistes ne prennent en otages les « honnêtes gens » qui se lèvent tôt pour travailler dur.

Travailler d'ailleurs de plus en plus dur puisque le 1er mars prochain le nouveau code du travail sera appliqué. Un code dont la « simplification » avait été commandée par le précédent gouvernement sur demande expresse du MEDEF et a été réalisée par des « experts » sans contrôle démocratique, puisque les parlementaires, au dire même de Madame Parisot, ne sont pas compétents en la matière! L'esprit de cette réécriture consistait à démanteler la loi dans le sens de plus de garanties pour les patrons et moins de sécurité pour les salariés. C'est la même logique qui a présidé à l'élaboration du texte ayant finalement abouti à un accord le 16 janvier dernier entre le gouvernement et la plupart des antennes syndicales (on notera que la CGT n'a pas signé).Certes on y trouve quelques mesures en faveur des salariés mais largement contrebalancées par l'affaiblissement de leurs droits vis à vis du chef d'entreprise.

Sans oublier la réforme à venir des retraites qui prolongera la précédente. Il faudra désormais effectivement travailler dur, et de plus en plus longtemps.

 

Toutes ces mesures ont pour conséquence l'installation de la précarité dans toutes les dimensions et à tous les stades de la vie. Les travailleurs précaires sont parfois sans logement, les jeunes, les ménages les plus défavorisés rencontrent également de très grandes difficultés pour se loger, et quand ils y parviennent ils doivent consacrer une part considérable de leurs revenus à leurs loyers, sans compter l'électricité, le gaz et l'eau dont les prix ne cessent d'augmenter. Et l'on veut nous faire croire qu'ils pourraient acheter!

S'alimenter n'est pas toujours beaucoup plus simple. Dans les supermarchés il faut parfois se priver, souvent regarder au centime près, et l'augmentation qui s'annonce de la TVA, couplée à l'inflation nous promettent une aggravation de la situation.

On ne parle déjà plus de profiter de son temps libre : pour de plus en plus de Français, 7 millions officiels de pauvres, avant de penser à vivre il faut d'abord survivre. Les basses classes moyennes commencent à être concernées.

Alors travailler plus pour gagner plus? Pourquoi pas? Cependant, dans le processus de marchandisation et de libéralisation de tout, la précarisation du marché du travail est bien entamée. Le rapport de forces entre offreurs et demandeurs d'emplois est au profit des patrons qui ont le choix entre une main d'oeuvre disponible de plus en plus nombreuse que l'on peut désormais menacer de licencier plus facilement si elle n'accepte pas des conditions de travail et de rémunération toujours plus précaires.

Laurence Parisot peut se féliciter de voir s'appliquer ses conceptions de dérégulation de l'économie et de déréglementation du droit du travail, instaurant une société qui protège les tenants de l'économie et qui fragilise ceux qui la font réellement vivre.

Cette politique rétrograde est permise à la fois par le silence et la division de l'opposition, et par la disparition de la conscience de classe. Nicolas Sarkozy, pour mieux régner, divise les Français en renvoyant dos à dos les riches et les pauvres, les jeunes et les moins jeunes, les apprentis et les étudiants, les salariés du privé et les salariés du public, les actifs et les retraités, les actifs et les actifs précaires, les actifs précaires et les chômeurs, les chômeurs et les chômeurs radiés, les citadins et les ruraux, les Français et les étrangers, les étrangers en situation régulière et les sans papiers... La mise en concurrence des différentes catégories de Français est l'aboutissement d'une conception du fonctionnement de la société basée sur la compétition qui récompense les meilleures et laisse les autres sur la touche.

 

La régression sociale est à l'oeuvre et parallèlement la démocratie est de plus en plus ignorée. Ainsi, le président de la république a décidé de faire passer par voie parlementaire le Traité de Lisbonne, qui n'a rien de « mini » ni de « simplifié » et qui, selon Valéry Giscard-d'Estaing lui-même, est « substantiellement identique au Traité Constitutionnel » rejeté par une majorité de Français le 29 mai 2005. Sarkozy veut donc entériner la politique de la Commission européenne qu'il relaie en France en méprisant ouvertement la souveraineté populaire. De plus, il espère ainsi à nouveau remettre en cause un des socles de notre répubique, la laïcité, qui est très largement bafouée dans ce texte.

Tous ces reculs, le déni de démocratie, l'atteinte à la laïcité, le développement de la précarité, caractérisent la « politique de civilisation » dont Nicolas Sarkozy nous a vanté les vertus lors de ses voeux pour 2008. La civilisation à laquelle il fait allusion est celle qu'incarne le « modèle américain » de domination des plus forts sur les plus faibles, encadrée par une morale hypocrite, faisant sans cesse référence au Christianisme. Quel progrès! Son modèle de civilisation au plan international c'est une superpuissance dont l'économie repose sur l'industrie militaire et qui n'envisage ses relations avec les autres États que dans un cadre commercial et au mépris des Droits de l'Homme. Sarkozy n'a pas attendu longtemps pour mettre en application ces théories avec notamment la Chine et la Libye. C'est la « real politique » à l'américaine, le principe de réalité appliqué aux relations extérieures qui consiste à ne prendre position que pour défendre ou pour s'ouvrirr un marché. La réalité des considérations économiques l'emporte sur la réalité des peuples en souffrance. Plutôt que de dénoncer l'oppression ou la misère qu'ils subissent, on choisit de leur imposer un système injuste et inégalitaire et de les livrer à la compétition mondiale, régie par la cynique loi du marché établie par les grandes puissances occidentales à l'OMC. Au plan international, ce sont des peuples entiers qui sont soumis au diktat des chantres de la précarisation. Le président nous a prévenus : « il faut vivre avec son époque », malgré les injustices. Et le « volontarisme » dont il se targue ne consiste qu'à accompagner un système qui les perpétue et les accentue.

 

Face à cet insupportable constat, que fait l'opposition? Où est la gauche? Que sont devenues nos valeurs républicaines, humanistes, démocrates et progressistes? Il nous incombe de les réaffirmer haut et fort. De revendiquer le progrès social, face à la destruction de nos systèmes de protection fondés sur la solidarité, face au démantèlement de nos services publics ; agir pour l'émancipation des individus dans l'égalité, contre les apologues de l'individualisme exacerbé qui tourne à l'égoïsme. À nous de construire une civilisation moderne et progressiste, contre celle archaïque et rétrograde qu'on veut nous vendre et qui se nourrit de la précarité. N'oublions pas d'où nous venons et affirmons clairement où nous allons. « Changer la vie », dans le sens du progrès, de l'égalité, dans la solidarité et dans l'unité essentielle de nos organisations, c'est pour nous, femmes et hommes de gauche, à l'aube d'une année qui s'annonce cruciale sur le plan des luttes sociales et des combats politiques, le moindre de nos devoirs.

 

 

Michaël Baloge, correspondant de PRS en Indre-et-Loire

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Lundi 14 janvier 2008

nicolas-sarkozy-elisez.jpgAux cinémas  STUDIOS

Le jeudi 17 janvier 2008 - 20H

Projection de :

Nicolas Sarkozy - Elysez-moi !
de JP . LEPERS

Ce film raconte l’accession de N. Sarkozy à la présidence de l’UMP et sa prise de pouvoir à l’intérieur du parti,


suivi du débat

La droite au travail : pour quelle société ?

La victoire de N. Sarkozy ouvre une période difficile pour le mouvement social, d’autant plus que le nouveau président bénéficie d’une légitimité toute fraîche …

Assurance maladie, retraite, emploi, fiscalité, immigration, justice, Europe, enseignement, réforme de l’Etat : comment analyser ces huit mois de gouvernance ? Quel type de société se profile pour notre pays ?

DEBAT avec la participation de

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Lundi 14 janvier 2008
CNR En Indre et Loire, des citoyens, des militants, des représentants de diverses associations, syndicats, partis politiques, ont uni leurs efforts dans le  Comité Départemental pour un référendum.


Le Comité Départemental pour un Référendum   vous invite à une réunion publique,  afin de débattre du Nouveau Traité Européen et de son mode de ratification, 
le 16 janvier à 19 heures,
salle 121 des Halles de Tours  
           (Place Gaston Pailhou)

Avec la participation de
Gérard Filoche,
Animateur du Comité National pour un Référendum.
CNR


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Jeudi 10 janvier 2008
par tourangeau publié dans : Revue de presse
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Mercredi 9 janvier 2008

"Pour la République sociale" est une association qui regroupe des militants issus de divers horizons de la gauche.

Elle se fixe comme objectif l’élaboration d’un projet politique capable de refonder une alternative de gauche à la domination matérielle et culturelle du capitalisme de notre époque.

Ouverte à celles et ceux qui se reconnaissent dans sa déclaration de présentation, elle entend contribuer ainsi à une nouvelle union des gauches.

Ses modes d’action sont l’élaboration collective, la formation, l’action militante et l’éducation populaire.

PRS édite une revue.

PRS a été fondée le 31 mai 2004 à l’initiative de Jean-Luc Mélenchon.

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Mardi 1 janvier 2008
Un débat entre JL MELENCHON et le  Bernard Henry Levy .

Sur le site de Marianne.
Débat  Melenchon - B.H. LEVY  ( sur me site de Marianne)  - Janvier  2008
par tourangeau publié dans : Revue de presse
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